Fraternite Matin: Le 4 Fevrier, 2005.

DR TIÉMOKO COULIBALY : « IL EST TEMPS QUE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DÉCIDE
D’UNE OPTION MILITAIRE POUR DÉSARMER TOUS LES GROUPES QUI SE BATTENT
POUR DES PRIVILÈGES DE CLAN »
    

Suite et fin d’un entretien dont la réalisation aura mobilisé 8h de temps.

Il dit être pour le référendum sur l’article 35 de la Constitution. Tiémoko Coulibaly
appellerait d’ailleurs à voter « Non ! » si ce scrutin a lieu. Il continue cependant de
dénoncer l’« ivoirité » dont il donne une définition. Dans cette dernière partie de l’
interview qu’il nous a accordée, Dr Coulibaly interpelle également les Nations unies, pour
une sortie de crise en Côte d’Ivoire.
Vous affirmez que vous appelleriez à voter «
non » à un éventuel référendum sur la
modification de l’article 35. N’est-ce pas là une
volonté d’exclure Ouattara, vous aussi, pour
vous retrouver comme seul candidat nordiste ?

J'appelle à voter « NON ! » pour exclure de la
compétition présidentielle, conformément aux voeux
du législateur ivoirien, de la Cour suprême,
conformément à notre Constitution, tout citoyen
ivoirien qui ne remplit pas les critères de "bonne
probité" et de "grande moralité"
Dr. Tiemoko Coulibaly
Il faut respecter cet article 35 voté par Ouattara, Bédié et Gbagbo. Si cet article
aujourd'hui permet de mettre à l'écart des gens devenus prisonniers des pièges qu'ils se
tendaient entre eux et tendaient au peuple ivoirien, pourquoi voulez-vous que je vole à
leur secours, moi qui les ait toujours dénoncés.  Je ne suis pas responsable si ces gens
ont posé des actes individuels contraires aux lois qu'ils ont eux-mêmes adoptées. Nul ne
doit être au-dessus des lois.

L'enjeu ici dépasse la personne de tel ou tel individu : c'est de préparer l'avenir de notre
pays avec un leadership intègre, honnête, patriote, travaillant pour le pays.
Ceci dit, il y aura bien d'autres candidats remplissant ces critères de bonne moralité et de
grande probité. Et le pays sera dirigé et bien dirigé, beaucoup mieux qu'avant. Bédié,
Ouattara et Gbagbo ont tous échoué, sont dangereux pour le futur du pays et ne sont
pas non plus indispensables. Les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient
indispensables. Il y a déjà des candidatures déclarées si j'en crois la presse ivoirienne. Il
y a des cadres valables et intègres en Côte d'Ivoire dans toutes les régions, y compris
dans le Nord dont vous parlez.

Ma candidature est celle de toute la Côte d'Ivoire et non d'une région. Elle est celle de
tous ceux qui partagent ma vision de l'unité et du progrès pour notre pays. Je ne suis pas
candidat à la mairie de Korhogo mais pour être Président de toute la Côte d'Ivoire et
l'unir dans toute sa diversité du Sud au Nord, de l'Est à l'Ouest. Je suis né dans le Nord,
j'ai grandi dans le Sud, j'ai fait l'école primaire à Dabou et à Agboville. Ma mère adoptive
que j'adore est bété de Ouaragahio où j'allais quand j'avais 6 ou 7 ans. Tous ces
endroits font partie de mon histoire, de mon identité. J'incarne la diversité de la Côte
d'Ivoire que je comprends. Et j'entends construire des ponts entre toutes les
communautés. Je suis porteur d'une vraie vision pour mon pays.

J'ai attendu l'âge de 40 ans, le 25 janvier dernier pour lancer mon site de campagne et
officiellement ma campagne électorale. Pourquoi ? Parce que la Constitution exige
d'avoir au minimum 40 ans et il me fallait avoir la décence de la respecter. Je remplis
désormais toutes les autres conditions (résidence, origines, nationalité, probité, condition
médicale) exigées comme je l'ai expliqué sur mon site. Ceux qui ne remplissent pas ces
conditions doivent s'abstenir de poser leur candidature ou attendre que l'article 35
change: ils peuvent battre campagne en conséquence au référendum.
Je souhaite que tous les autres candidats déclarés ou potentiels aient le même respect
que moi des valeurs de la République, le même respect de nos lois et de notre
Constitution. C'est la moindre des choses quand on veut diriger l'Etat, faire preuve de
responsabilité et montrer qu'on a la carrure de l'homme d'Etat.   
Houphouët a donc échoué, selon vous. Vous accusez Gbagbo, Bédié, et
Ouattara de former un « trio infernal ». A vous suivre, il ne reste plus que vous
pour diriger la Côte d’Ivoire !   

Je n'ai jamais dit qu'il ne reste plus que moi pour diriger le pays. Aucun candidat ne
m'inquiète car je suis préparé depuis de très nombreuses années. Je dis que les
politiciens actuels qui ont échoué doivent assumer leurs responsabilités au regard de
nos lois et de notre Constitution. Nul n'est au-dessus des lois surtout pas ceux-là mêmes
qui les ont inspirées et votées.

Il faut faire des constats objectifs sur la situation actuelle de notre pays : la Côte d'Ivoire
est-elle en paix aujourd'hui ? Est-elle unie, prospère, et respectée à l'extérieur ? La
réponse est NON au regard des faits qui sont vérifiables. Qui en sont les responsables ?  
Les différents gouvernants, car il n'y a pas eu un complot céleste ou international contre
notre pays. Si le trio infernal avait réussi, on n’aurait pas eu besoin de chercher à
construire d'autres alternatives pour sauver le pays et ma candidature n'aurait eu aucun
sens en ce moment. Car je suis jeune et j'ai le temps.

Mais face à la souffrance de notre pays, au déshonneur dans lequel nos politiciens ont
plongé notre pays, le choix est simple : laisser continuer la régression, la misère, les
crimes avec le trio infernal ou avoir un sursaut d'orgueil pour renverser le cours de
l'histoire. J'adore mon pays et je suis choqué qu'il soit à ce point déshonoré, défiguré,
rabaissé par le trio infernal. Ces images d'Ivoiriens fuyant pour aller se réfugier dans des
pays voisins sont déshonorantes et me choquent.

Avec d'autres, nous avons donc décidé de réagir. Ma candidature n'est que l'instrument
du changement voulu par la majorité silencieuse des Ivoiriens qui sont fatigués et
désespérés pour le futur de leurs enfants. Et je reçois de très nombreux messages de
jeunes Ivoiriens de toutes les régions. La jeunesse ivoirienne a largement transcendé les
barrières tribales et est plus ouverte et responsable qu'on ne le croit.
Je souhaite donc qu'il y ait bien d'autres candidats de bonne facture, intègres et que
nous ayons un débat de grand niveau intellectuel pour donner l'opportunité à notre
peuple de choisir des hommes et des équipes intègres, compétentes, modernes pour
faire avancer le pays. J'ai une vision pour mon pays.   
Que dites-vous de la probable candidature de Charles Konan Banny ? Lui aussi,
c’est un homme neuf, comme vous ?  
 

Je ne sais pas si Charles Konan Banny sera candidat. On verra le moment venu. Il m'est
aussi difficile de juger quelqu'un qui n'est pas encore identifiable par un message, des
idées, une vision. Distribuer de l'argent ne fait pas un programme. C'est une façon
archaïque et détestable de faire la politique et propre aux leaders des pays sous-
développés.

Konan Banny est loin d'être un homme neuf et on me dit qu'il cherche déjà des soutiens
dans la vieille classe politique corrompue  qui a échoué. C'est normal : il est de la même
génération que les membres du trio infernal et semble être très proche de certains
d'entre eux. Banny a également assumé des responsabilités politiques au sein du PDCI.
On ne l'a jamais entendu dénoncé l'ivoirité et toutes les tueries que cela a provoquées,
les haines, les divisions. On me dit qu'il mène une campagne en sourdine en ce moment,
malgré le devoir de réserve auquel il est censé se soumettre à la BCEAO. Cela veut dire
que face aux dérives de l'ivoirité, il aurait pu s'exprimer. Il ne l'a pas fait. Quand on est un
véritable leader, avec du caractère, avec une éthique et une vision pour son pays, on doit
faire entendre sa voix quand il y a des injustices qui divisent le pays. Peut-être ne voulait-
il pas se mettre à dos Bédié en ce moment-là ?

Je crois que la Côte d'Ivoire a besoin de véritables leaders capables de mobiliser le pays,
de lui apporter un nouveau souffle. Il s'agit de donner à la Cote d'Ivoire une nouvelle
jeunesse et à la jeunesse ivoirienne une nouvelle Côte d'Ivoire. 45% des Ivoiriens ont
moins de 14 ans, 90% ont moins de 45 ans. L'âge moyen de la population ivoirienne est
de 17 ans.  Ces jeunes ont besoin de leaders d'une nouvelle génération, modernes,
énergiques capables de les comprendre, qui sont au-dessus de tout soupçon, capables
d'opérer la rupture avec l'ordre ancien.

Je ne crois pas que Charles Konan Banny puisse incarner le leadership jeune et
dynamique porteur de modernité et de rupture avec les folies du passé dont
nous avons besoin
. Je ne crois pas non plus que le salut viendra d'un autre
technocrate venu de la BCEAO : on a vu l'expérience avec le Premier ministre Ouattara
qui a totalement échoué dans sa carrière politique. La Côte d'Ivoire d'aujourd'hui n'a pas
besoin de technocrates ou de comptables gérant à la petite semaine : la technocratie et
la politique sont deux choses totalement différentes.

La Côte d'Ivoire a besoin dans cette phase historique de vrais leaders, c'est-à-dire
d'hommes de vision, intègres, dignes de confiance, capables de mobiliser avec énergie
son pays pour opérer de grands changements, une grande rupture pour faire naître la
renaissance. C'est le temps du changement. Ouattara était un technocrate ou un
comptable comme Banny et on a vu l'échec ; nous avons besoin de gens qui changent
l'histoire. Seuls les leaders le font. Les leaders sont des acteurs du changement, c'est
cela qui les différencie des managers, des gestionnaires qui se contentent de gérer un
service, une banque en faisant des inventaires et autres pour contrôler la gestion
quotidienne.

La Côte d'Ivoire qui est à la croisée des chemins a besoin d'un véritable leader qui
insuffle le changement, l'espoir, l'optimisme. Et Mandela ou Ghandi doivent nous inspirer
car c'était des hommes de caractère, de principe, de courage qui combattaient,
résistaient face à l'injustice. Et je n'ai jamais entendu Banny dénoncer les injustices de
l'ivoirité, les charniers, les tueries, les malversations quand son pays coulait durant toutes
ces années. Cela me gène de la part de quelqu'un qui veut gouverner le pays.
Personnellement, j'ai toujours pris position fortement et publiquement dans des interviews
dans des radios ou dans des articles de presse.
Dans les périodes de graves crises, il faut des leaders authentiques. Je ne crois
pas que Banny en soit un.
  
Personne ne connaît l’« Alliance nouvelle vision », parti politique dont vous
revendiquez la présidence. Vous-même, personne ne vous connaît au pays.
Vous attendez-vous à un miracle ou est-ce juste un simple jeu pour vous, les
élections présidentielles prochaines ?
  

Se faire connaître n'est pas le plus difficile, car il y a des techniques de marketing, de
publicité et communication bien rodées qui existent à cet effet. Elles seront utilisées et
tous les Ivoiriens connaîtront dans les prochains mois le sigle ANV et le visage de son
candidat.
Son candidat que je suis n'a aucune inquiétude quant à sa crédibilité : il n'est impliqué
dans aucun crime et c'est un intellectuel qui a fait la preuve de ses engagements pour
des principes et son pays.

Je suis heureux de ne pas avoir l'expérience du crime organisé, de la corruption, du
tribalisme, des escadrons de la mort au Nord comme au Sud.
Je suis donc le candidat le plus crédible, le challenger qui va gagner cette élection
présidentielle avec l'ANV pour ouvrir la Côte d'Ivoire au vrai changement. Comme le jeune
Président Kennedy ou encore le jeune Bill Clinton l'avait fait dans leur pays lorsqu'ils
furent élus autour de la quarantaine. Ils ont marqué leur pays par leur vision, leur énergie
et la nouvelle jeunesse et fraîcheur qu'ils ont apportées à leur pays. C'est ce que je ferai.
En 100 jours de gouvernance, le pays sera mis sur les rails et l'espoir sera de retour avec
un nouveau souffle sur la Côte d'Ivoire.   

Avant les élections, il faut le désarmement. Avant le désarmement, les Forces
nouvelles réclament la modification de l’article 35 de la Constitution. Entre
temps, il faudra établir les listings électoraux, distribuer les cartes d’électeurs.
Croyez-vous que vous aurez l’occasion de briguer le poste de Président de la
république en octobre prochain ?
  

Soro Guillaume vient d'être cité par un rapport de l'ONU comme un dangereux criminel à
envoyer devant la justice pénale internationale en même temps que Mme Gbagbo, Blé
Goudé et Lida Kouassi. Cela montre simplement que rien ne différencie Soro et Gbagbo.
Soro a perdu toute crédibilité car les crimes délégitiment tout acteur politique.

L'acharnement de Soro sur l'article 35 ne vise qu'à imposer la candidature de Ouattara
par la force car il pense naïvement que Ouattara lui assurera l'impunité une fois au
pouvoir. Ceci n'a rien à voir avec une quelconque cause du Nord puisque ce sont des
jeunes du Nord que Soro tue dans des conteneurs. Personne ne pourra assurer à Soro
Guillaume l'impunité pour ses crimes de sang. Cette position de Soro sur l'article 35 est
aussi une grossière erreur car de toute manière, même la nouvelle version de l'article 35
proposée par Marcoussis est défavorable à Ouattara puisqu'elle impose que le candidat
soit "exclusivement" Ivoirien.

Or Ouattara lui-même a reconnu - et la Cour suprême a dit en 2000 avoir consulté  tous
les documents originaux du notaire relatifs à cela - qu'il a fait des transactions
immobilières à Abidjan en utilisant des pièces d'identité étrangères. Donc il s'est encore
condamné lui-même. Que l'article 35 change ou pas, cela n'arrange en rien le cas
Ouattara. C'est pourquoi Ouattara refuse le référendum, récuse désormais Marcoussis et
a suggéré récemment la suspension de la Constitution et que le Conseil de sécurité de
l'ONU impose sa candidature au mépris des lois. Une telle décision fera exploser le pays.

Pour ce qui est du désarmement, il faut qu'il soit exécuté conformément aux accords de
Marcoussis. Et ce désarmement devra être imposé le plus rapidement possible à tous les
protagonistes par la force si besoin en est. L'avenir du  peuple ivoirien ne saurait  
dépendre plus longtemps des caprices de Soro Guillaume qui refuse de participer au
gouvernement et aux réunions quadripartites relatives au programme du DDR. Soro
Guillaume devra être désarmé de gré ou de force pour que nous puissions aller aux
élections et qu'il aille lui aussi se défendre devant la justice internationale. La
communauté internationale doit veiller à ce que l'accord de Marcoussis sur le
désarmement de toutes les parties combattantes, des milices et autres escadrons de la
mort soit exécuté conformément à l'accord de Marcoussis et le plus rapidement possible.
De gré ou de force.

Plus fondamentalement, des sanctions rapides doivent être prises contre le trio infernal
qui bloque le processus de paix par des manoeuvres dilatoires qui font perdre le temps
au pays car Bédié, Gbagbo et Ouattara savent qu'ils ne seront plus jamais à la tête du
pays. Ils sont discrédités partout, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ces gens qui sentent le
sol se dérober sous leurs pieds vont devenir de plus en plus dangereux. C'est pourquoi
j'insiste pour le désarmement, pour la sécurité car il faut éviter que leurs challengers, les
autres candidats ne soient victimes à leur tour de leurs escadrons de la mort qui rôdent
au Sud comme au Nord.   
Même si les problèmes politico-militaires sont réglés, où comptez-vous trouver
l’argent pour la caution, pour votre campagne ? S’il est vrai que vous êtes un
jeune docteur en histoire et réfugié politique depuis au moins 7 ans.   

Le PDCI et Houphouët-Boigny avaient imposé une caution de 20 millions de FCFA aux
candidats juste pour bloquer Laurent Gbagbo à l'époque. Mais parce que Gbagbo avait
un bon message et un passé crédible de militant de la démocratie à l'époque, il a trouvé
l'argent grâce à la mobilisation de beaucoup qui voulaient le changement. C'était la
même chose pour Mandela quand il est sorti de prison : il a trouvé l'argent pour sa
campagne à cause de sa crédibilité personnelle et celle de son message du changement
et de l'unité.

Quand le candidat est crédible et qu'il a un message crédible et représente un espoir
pour des millions de gens, l'argent arrive toujours.  Car chacun sait qu'une campagne se
gagne par la mobilisation de tous sur tous les plans, y compris financier.
Beaucoup de gens veulent le changement, sont enthousiasmés par ma candidature et
m'écrivent pour soutenir la campagne d'une façon ou d'une autre. On trouvera l'argent
par la mobilisation de tous pour notre campagne car notre message du changement et
notre candidat sont crédibles et les Ivoiriens sont fatigués du trio infernal et veulent le
changement. A cet égard, l'ANV  lancera bientôt sur notre site internet une opération de
mobilisation de fonds  conforme à nos lois en la matière. Sur notre site de campagne,
www.tiemoko2005.com, des dons pourront également être faits selon une procédure
sécurisée. Nous n'avons aucune inquiétude sur ce point vu les soutiens que nous
recevons chaque jour pour nous encourager.   

A part la politique, que faites-vous aux Etats-Unis ?  

Je travaille de façon indépendante et vit correctement en enseignant, en étant consultant
et en écrivant. Cela veut dire que même en exil, je porte quotidiennement mon pays dans
mon coeur. Car être en exil ne signifie pas qu'on est coupé de son pays. Je suis venu en
exil contrairement à ma volonté, après avoir dénoncé dans un texte publié par divers
journaux - y compris le vôtre -  des malversations commises par Eugène Aidara, ancien
ambassadeur en France et ancien Conseiller de Bédié. Après un harcèlement judiciaire
du régime de Bédié, j'ai dû prendre la route de l'exil aux USA. J'explique tout cela sur
mon site internet.

Cela veut dire qu'une fois au pouvoir, la lutte contre la corruption sera amplifiée avec
des résultats concrets en peu de temps. Les gens intègres n'auront rien à craindre et
seront soutenus par mon régime. Mais les corrompus devront assumer leurs
responsabilités. Je suis totalement allergique à cette corruption qui ne fait qu'aggraver la
pauvreté. Quand on pense à l'impact du détournement des 18 milliards de FCFA de
l'Union européenne destinés à financer des projets dans la santé, on se dit que nos
politiciens n'ont aucun coeur pour les Ivoiriens qui meurent dans les hôpitaux.
Pour le reste, je suis marié au Dr. Fatou Gaye-Coulibaly, anthropologue et nous avons
trois filles. La dernière qui a 4 mois s'appelle Noura, en hommage au futur lumineux de la
Côte d'Ivoire que nous allons construire. Noura signifie en arabe "Lumière".   
Pouvez-vous revenir sur les raisons qui vous ont fait fuir la Côte d’Ivoire ?   

Sur mon site internet, j'ai expliqué longuement et en détail les raisons de mon exil aux
Etats-Unis après avoir dénoncé le scandale des malversations de Eugène Aidara,
demeuré ambassadeur de notre pays en France pendant 19 ans. Je prie le lecteur de s'y
référer pour plus d'informations.
J'étais étudiant en doctorat d'histoire à la Sorbonne en France quand cet ambassadeur a
perpétré cet acte délictueux. Ensuite, il a été nommé malgré ce scandale par Bédié
comme un de ses Conseillers spéciaux. Quant au scandale lui-même, il a fait la Une fin
août 1995 de plusieurs journaux ivoiriens, y compris le vôtre. J'ai été ensuite traîné
devant la justice de même que des journaux comme Le Jour ou l'Oeil du Peuple, etc. Je
me rappelle que sous la plume de Youssouf Sylla, Fraternité Matin avait écrit à mon sujet
: "L'étudiant Tiémoko Coulibaly par qui le scandale arrive a frappé haut et fort".
Une fois au pouvoir je frapperai haut et fort contre la corruption, contre la pauvreté,
contre le sida, contre le chômage, etc. Je souhaite dire que quand je suis arrivé aux USA,
un de nos compatriotes Pascal Kokora, qui a fondé le FPI aux Etats-Unis m'avait soutenu
dans ma procédure d'asile politique. Il avait eu la gentillesse de voyager avec moi
pendant près de cinq heures pour aller dans le New Jersey, près de New York, pour
témoigner en ma faveur devant le juge d'immigration en charge de mon dossier d'asile
politique. Qu'il trouve ici le témoignage de ma gratitude infinie même si cela fait des
années que je ne l'ai plus revu.

Dr Tiémoko Coulibaly, que proposez-vous concrètement pour la résolution de la
crise ivoirienne ?
  

Je crois simplement que la feuille de route en Côte d'Ivoire est claire et classique comme
dans tout processus classique de désarmement et réinsertion des combattants (Liberia,
Sierra Leone, Soudan, RDC, etc.) dans une crise politico-militaire. Le médiateur Thabo
Mbeki, l'Union africaine et l'ONU se sont mis d'accord autour  d'une bonne feuille de route
réaliste basée sur les accords de Marcoussis et je la soutiens. Je salue les efforts du
Président Thabo Mbeki.

Ce qu'il faut maintenant, c'est la volonté politique et toutes les pressions diplomatiques et
militaires pour contraindre toutes les parties, de gré ou de force, au désarmement
immédiat car le temps presse. Chacun doit jouer sa partition et respecter les
engagements pris. Je crois qu'il est plus que temps que le Conseil de sécurité se prépare
à appliquer des sanctions fortes et soit prêt à décider d'une option militaire pour
désarmer tous les groupes armés réfractaires qui se battent pour conserver des
privilèges de clans. Il faut aussi renforcer les troupes en Côte d'Ivoire et leur mandat
comme cela est envisagé par l'Union africaine.

Les gens peuvent signer tous les accords, mais si ensuite il n'y a pas un bon esprit pour
les appliquer, une bonne volonté, rien ne marche. Dans ce cas, les pressions doivent
s'exercer à leur intensité maximale. Si elles ne se font pas, on perdra encore du temps et
le calendrier électoral en pâtira. Et la crise va perdurer. Enfin, je salue la décision de
l'Union africaine (UA) d'une supervision internationale des élections en Côte d'Ivoire pour
en garantir la transparence. De bonnes élections marqueront un pas essentiel dans la fin
de la crise.   
Au-delà de la sortie de crise, comment comptez-vous diriger la Côte d’Ivoire, Dr
Coulibaly ?
  

Il y a tellement de choses à faire, mais on arrivera à rien sans deux ingrédients
importants, la confiance et la volonté politique, pour unir le pays et le faire bouger.
La question de la confiance pose celle de la crédibilité du leadership politique. Personne
ne fera confiance à un leadership incompétent, corrompu, mal élu, contesté dans son
propre pays et dénoncé à l'extérieur comme criminel.
Quand une bonne voiture, en bon état, puissante, se retrouve dans le décor à faire des
accidents, cela signifie que le conducteur est mauvais et doit être changé. La confiance,
c'est 70% de la politique et 70 % de l'économie.  Nous devons avoir une bonne direction
politique, c'est-à-dire deux choses : des équipes compétentes et efficaces qui mènent le
pays dans la bonne direction.

Je formerai ces équipes avec un gouvernement très jeune, d'une moyenne d'âge autour
de 40 ans, avec des gens venus de la diaspora et ceux de l'intérieur. Il s'agira d'un
gouvernement commando, pragmatique, d'action, travaillant jour et nuit au service de la
Côte d'Ivoire avec une obligation de résultats sur les grands chantiers. Cela signifie que
la volonté politique sera à son maximum pour relever tous les défis. Ce gouvernement
sera au service du pays car c'est le peuple ivoirien qui l'aura recruté. Le patron, c'est le
peuple ivoirien. Si nous échouons, il nous renvoiera aux prochaines élections. Nous
voulons mériter de sa confiance et nous allons travailler dur, à commencer par le
Président lui-même.

J'installerai donc un gouvernement de gens de tous horizons à la compétence
incontestable et des gens avec une éthique très forte. Toute personne au passé douteux
ne sera pas dans ce gouvernement. Il faut donner à nos enfants de bons exemples car ils
sont les leaders de demain. Un gouvernement intègre rencontrera la confiance de la
population et permettra à notre pays d'avoir la crédibilité internationale, la confiance de la
communauté internationale. La responsabilité et la transparence seront de mise à tous
les niveaux des hauts fonctionnaires et du gouvernement. Des structures seront créées
et exerceront un contrôle au niveau de la corruption éventuelle de ceux-ci.
Une fois de bonnes équipes mises en place et dotées d'une volonté politique forte, sous
l'autorité d'un jeune Président dynamique, énergique, les grands chantiers pourront être
attaqués. Je précise que tout membre de ce gouvernement impliqué dans un scandale
démissionnera et le président lui-même ne sera à l'abri d'aucune protection s'il fait des
crimes économiques ou de sang.

Les ministères de la Sécurité, des Finances, de la Justice, de l'Education, de l'Agriculture,
du Transport devront agir de façon efficace pour créer tout l'environnement politique et
judiciaire favorable à la transparence et à la reprise économique.
Il y aura des actions dans 4 directions : L'unité nationale ; l'Education ; la lutte contre le
sida ; la lutte contre le chômage. Sur tous ces points, l'ANV explique clairement les
orientations qui seront choisies sur son site internet.

Sur le plan économique, après avoir créé l'environnement de sécurité approprié, il faudra
se battre pour la promotion de la croissance et la réduction de la pauvreté par la relance
des activités et la création d'emplois pour nos jeunes. Il faudra re-engager la Côte
d'Ivoire dans la communauté financière internationale en renouant avec la Banque
mondiale, le Fonds monétaire international. Cela permettra de bénéficier des
financements et aides des pays donateurs comme les Etats-Unis, l'Union européenne
pour remettre le pays sur pied.

Ensuite, il faudra créer l'environnement favorable pour le business, les affaires, les
entreprises pour permettre à l'économie de retrouver une bonne santé. Afin que les
gens, par leurs activités, puissent se prendre en charge eux-mêmes. Il faudra également
promouvoir le commerce et créer de nouvelles opportunités commerciales avec nos
partenaires de la région et de l'étranger. Car le commerce favorise la croissance et la
prospérité.
La reprise économique permettra de réduire la pauvreté et aussi de mieux financer notre
système éducatif, de mobiliser des ressources pour la lutte contre le sida et de donner du
travail à nos jeunes.

La Côte d'Ivoire est un pays jeune et dynamique : il faut redonner l’espoir à la jeunesse
et les outils intellectuels et l'environnement pour se prendre en charge.
Il faut aussi penser à la justice sociale : depuis 25 ans, les salaires de nos fonctionnaires
sont bloqués tandis que l'inflation n'a cessé de grimper. Pour l'ANV, l'augmentation des
salaires et du pouvoir d'achat de nos fonctionnaires est un objectif prioritaire dès que les
conditions seront réunies en concertation avec tous les partenaires nationaux et
internationaux. L'augmentation des salaires permettra une augmentation de la
consommation qui aura un effet d'entraînement économique.

Pour notre projet, je prie les Ivoiriens de visiter notre site internet. Une chose est sûre, en
100 jours, les gens verront qu'une nouvelle dynamique est mise en place à tous les
niveaux, un nouvel esprit en marche. Et qu'on sortira de la nuit noire et de la régression
créée par le trio infernal qui a échoué sur tous les points mentionnés ici.    

Auteur: Barthélemy kouamé
Un Probleme Technique? Webmaster
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A. N. V