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Dr Tiemoko Coulibaly  Pdt de L’A.N.V :
« Ouattara me rappelle les collaborateurs du
nazisme »
06/25/2005
A noins de cinq mois des élections générales en CI, le Docteur Tiemoko
Coulibaly (www.tiemoko2005.com) l’un des candidats à ces élections a bien
voulu jeter un regard analytique sur la situation politique en CI. Dans cette
interview, l’homme politique
attribue la responsabilité de la crise actuelle
aux trois leaders que sont Gbagbo, Bedié et Ouattara. Interview.
Frat-Mat :    M. le Président de l’ANV, l'actualité aujourd’hui e Ci est marquée par le
massacre de plus de 70 personnes dans les environs de Duékoué. D'après vous qui
a intérêt à voir  le peuple ivoirien mourir de la sorte ?

Dr Tiemoko Coulibaly :  Tout d'abord, je pense à toutes ces victimes quelles qu'elles
soient, sans aucune distinction. C'est vers elles que vont mes pensées : nous devons
entendre leurs cris au moment de la mort : ce sont d'abord des êtres humains. Elles
méritent la vérité et justice doit leur être rendue. C'est une nécessité absolue pour la
paix dans notre pays. Les bourreaux, quels qu'ils soient, doivent être identifies,
recherchés et punis conformément a nos lois. L'avenir dira à qui profite ces crimes.  
Mais il faut être d'une totale intransigeance face à de tels crimes et punir avec la plus
extrême sévérité les auteurs de tels crimes qui sont la conséquence d'une longue
politique de haine construite depuis l'Ivoirité de Bédié.

Frat-mat :  Les deux camps antagonistes s'accusent mutuellement d'être les
commanditaires de ce massacre du peuple Wè. Qu'en dites-vous?

TC :  C'est une tradition de ces deux camps qui ne sont bien sur pas des modèles et
ont tous des passés chargés de crimes si j'en crois différents rapports internationaux.
Aucun de ces camps n'a la moindre crédibilité et chacun cherche à tirer profit des
morts qu'ils provoquent.  Je demande des enquêtes impartiales qui établiront les
responsabilités de façon claire car il est temps de punir et de casser dans notre pays
le cercle infernal de la haine, des crimes et des vengeances. Seul un nouveau
pouvoir pourra le faire.

FM Parlant d'un nouveau pouvoir dites-nous Président, est-ce que vous maintenez
toujours votre candidature aux élections présidentielles d'octobre prochain?

TC  La Cote d'Ivoire est dans une situation de blocage total. Parlant par exemple des
crimes, ce n'est pas le Président Gbagbo ou le chef rebelle Soro Guillaume qui vont
mettre fin aux crimes commis par leurs hommes. Il faut absolument un nouveau
leadership politique pour redonner à la Cote d'Ivoire une nouvelle jeunesse et a la
jeunesse ivoirienne une nouvelle Cote d'Ivoire. La jeunesse a besoin d'espoir et de
renouveau pour prendre son destin en main. C'est le sens de ma candidature a
l'élection présidentielle
FM :  Vous êtes donc candidat ?
TC  Je l'ai déjà dit et répète sur mon site internet  je suis candidat à la future
présidentielle.

FM :  Les élections c'est pour moins de 5 mois et le pays n'est pas encore réunifié, la
paix entre les belligérants n'est pas encore acquise, Pdt dites-nous comment dans
ces conditions vous allez présenter votre candidature vu que vous vivez aux USA?

TC  Personne ne pense sérieusement qu'il y aura des élections en 2005, les
conditions politiques et techniques d'une élection démocratique ne pouvant être
réunies à cette date. Le massacre de Duekoue n'a fait que réduire à néant tout espoir
d'élection en octobre 2005 puisque les milices de l'Ouest sont plus que jamais
réticentes à désarmer et que les rebelles de Soro conditionnent leur propre
désarmement au désarmement des milices de Gbagbo. Il faut réfléchir à une transition
face à l'impossibilité de cette élection en octobre. J'ajoute que bien d'autres candidats
déclarés sont a l'étranger et mon cas n'est donc pas isolé.
FM Vous avez parle de transition?

TC Bien sur que Ouattara empêche la réconciliation entre le Nord et le Sud de même
que Gbagbo empêche la réconciliation du Sud avec le Nord tandis que Bédié est vu
au Nord comme le père de l'Ivoirité qui a laissé croire aux gens du Nord qu'ils n'étaient
pas des vrais citoyens ivoiriens. Aujourd'hui, Ouattara est allé se vendre à son
bourreau Bédié en piétinant la mémoire de toutes ces populations du Nord qui ont été
humiliées ou tuées à cause de l' Ivoirité de Bédié. Je sais que Ouattara ne sera pas
candidat puisqu'il m'a répété avec insistance qu'il était en faveur d'une autre
présidence de Bédié lors de notre tête-à-tête du 4 octobre dernier à Washington. J'ai
essayé de le dissuader de faire alliance avec Bédié mais il a refusé d'entendre mes
appels à la raison. Il devra assumer son choix devant nos populations du Nord qu'il
veut maintenant vendre à Bédié, simplement parce qu'il a peur de faire campagne
dans le Sud. Ouattara me rappelle les collaborateurs du nazisme qui ont fait alliance
avec le bourreau nazi contre leur propre communauté. On l'a vu notamment en
France et chacun se rappelle que De Gaulle a fait fusille un certain nombre de ces
collabos tandis qu'en Algérie les collabos Harkis ont du fuir le pays en même temps
que l'occupant français.

FM  Là vous parlez comme le Pdt Gbagbo qui disait au cours d'une rencontre que les
élections d'octobre opposeront les patriotes aux collabos.

TC  Je parle comme historien et Laurent Gbagbo n'est pas ma référence. De plus, les
comparaisons historiques de Laurent Gbagbo sont assez contestables car les
conditions actuelles ne sont pas exactement les mêmes que celles des années 40.
J'ajoute que Laurent Gbagbo a été jusqu'a une date récente un membre du système
de la Françafrique : Houphouët c'était la Françafrique de "droite" pour résumer et
Laurent Gbagbo, très proche du Parti socialiste français a longtemps navigué dans la
Françafrique de gauche.  Chacun se rappelle que suite à son élection calamiteuse,
controversée, critiquée par Thabo Mbeki, l'ONU, les USA comme non conforme à la
démocratie, Laurent Gbagbo n’a pu se maintenir que grâce au soutien sans faille du
gouvernement socialiste français de Lionel Jospin. Avec la France, il est temps de
sortir de ces excès pour exiger une coopération sans hégémonie qui nous respecte
en tant qu'Africain et qui respecte les principes démocratiques. C'est le rôle historique
de ma génération née après les indépendances. C'est pour cela que je souhaite que
le prochain président soit ne après les indépendances pour mieux opérer cette
rupture avec le système néocolonial et faire émerger une coopération responsable et
ouverte dans le contexte de la mondialisation.

FM  N'est-ce pas là le même langage que tient le FPI par la voix du Pdt de l'A.N le Pr
Mamadou Koulibaly qui a dit " Il faut des relations adultes entre la France et les pays
africains" notamment la Côte d’Ivoire ?

TC  En 1997, j'ai soutenu à la Sorbonne une thèse de doctorat consacrée à l'histoire
de l'indépendance de la Côte d'Ivoire et aux élites ivoiriennes sous la colonisation.
Houphouët-Boigny et le PDCI qui ont toujours été alliés à des partis français (les
communistes puis l'UDSR de François Mitterrand) ne pouvaient demander
l'indépendance et de fait ils y étaient farouchement contre. Donc j'ai toujours
considère que le FPI qui était un allie très fort du Parti socialiste français ne pouvait
être un vecteur de changement véritable dans les relations franco-ivoiriennes. En fait,
Laurent Gbagbo est un francophile frustré et dont la position a changé a la faveur
d'un enchaînement d'événements qui ont dépassé a la fois la France et Gbagbo dans
leurs stratégies. La France cherche ses marques et Laurent Gbagbo également en
utilisant une propagande électorale qu'il oubliera certainement après les élections.
Les relations entre la France et la CI doivent être traitées sérieusement et de façon
responsable car il s'agit d'un enjeu essentiel pour notre pays, la région et même
toutes les anciennes colonies francophones.

FM  Parlons de la rébellion du 19 septembre 2002, Le Pdt de l'AN M Mamadou
Koulibaly a ecrit dans son premier livre traitant de la guerre en cote d'ivoire que c'est
une guerre de la France contre la Cote d'Ivoire,êtes-vous du même avis que lui, sinon
pensez-vous que cette guerre est politique comme le soutiennent la rébellion et leurs
alliés ?

TC:  L'histoire répondra à toutes ces questions et à bien d'autres. Pour le moment, je
constate que le camp Gbagbo et le camp rebelle exploitent des frustrations reelles
pour construire leur propagande mais qu'ils sont tous discrédités par leurs propres
crimes. Dans les deux camps, il est impossible de trouver des leaders vertueux et on
ne saurait prendre leurs déclarations pour parole d'évangile. Je me méfie des uns et
des autres et c'est pourquoi il faut surtout réfléchir a une troisieme voie politique et au
futur car la prochaine élection  présidentielle doit d'abord répondre aux problèmes
réels des Ivoiriens qui sont la paix, l’unité, chômage, l’éducation, le sida, etc. Le sens
de ma candidature est de parler aux Ivoiriens du futur tout en tirant les bonnes leçons
du passé. La crise ivoirienne est une crise du leadership et il faut éviter de se laisser
abuser par la propagande de politiciens qui passent le plus clair de leur temps a
diviser et piller le pays, a se garantir des retraites incroyables pendant que le pays
souffre.

FM  Président, revenons un peu sur le cas Ouattara, vous l’accuser d’avoir trahi le
peuple du nord, voudriez vous éclairer un peu les lecteurs ?

TC:  Bien sur que Ouattara a trahi gravement les populations du Nord en diverses
circonstances. Avant l'arrivée de Ouattara en Cote d'Ivoire comme Premier ministre,
personne dans le Nord ne le connaissait. Mais les gens se sont reconnus en lui parce
que les populations du Nord ont toujours eu un sentiment de marginalisation politique,
sentiment qui s'est aggravé avec la politique de l'Ivoirité. Elles ont pensé qu'avec
Ouattara Premier ministre, elles avaient enfin une chance d'avoir un Président
originaire du Nord pour en finir avec leur sentiment d'humiliation. Qu'est-ce que
Ouattara a fait de ce sentiment d'humiliation des Nordistes ? Il l'a exploité pour des
intérêts personnels en manipulant toute une communauté, en la trompant et en
pactisant avec les théoriciens de l'Ivoirité. Son parti a soutenu par exemple la loi
ivoiritaire sur le foncier rural de Bédié. Ouattara lui-même qui a dénoncé la politique
d'identification de Gbagbo comme étant de l'Apartheid s'est quelques semaines plus
tard précipité à la télévision pour soutenir cette même politique qui voulait que chaque
Ivoirien montre un village en Cote d'Ivoire avant de bénéficier de la nationalité
ivoirienne. Tous les enfants d'immigrés étaient visés tout comme des Nordistes
suspectes d’etre etrangers.

On pourrait aussi parler des cartes de séjour créées par Ouattara parce qu'il voulait
montrer à ceux qui l'accusaient d'être étranger qu'il n'avait aucune sympathie pour les
étrangers. Ouattara a encore soutenu l'article 35 sur l'éligibilité inspire par Bédié et
qui est d'essence ivoiritaire. Enfin Ouattara s'associe aujourd'hui au père de l'ivoirité.
Vous ne pouvez pas dire que vous êtes contre l'ivoirité et vous associer au père de
l'ivoirité pour soi-disant combattre Gbagbo qui serait un ivoiritaire. C'est le monde à
l'envers. Et pourtant, l'histoire n'est pas si ancienne : quand Bédié a lancé l'ivoirité en
1994, Ouattara et Gbagbo se sont associés dans le Front républicain pour le
combattre. Depuis de l'eau a couler sous les ponts : Gbagbo exploite a fond l'ivoirité
tout comme Ouattara qui s'est associe à une alliance ivoiritaire avec Bédié. Toute la
mission  de Ouattara est désormais claire et simple : vendre le Nord et les enfants
d'immigrés à leur bourreau Bédié. C'est une grave trahison. Ouattara n'a pas été a la
hauteur des espoirs du Nord. Son alliance avec Bedie ouvre les yeux de plus en plus
aux populations du Nord. Le Nord comme la CI ont besoin de bons leaders qui ont une
vision, des valeurs, une morale, une éthique, des convictions et non de gens sans
principe qui voguent au gare du vent et de leurs intérêts  personnels et égoïstes.

FM  Dans une déclaration commune avec le PPS du Pr Bamba Moriféré, vous vous
opposez à l'alliance des Houphouétistes signée à Paris le 18 mai dernier. N'est-ce pas
une bonne chose que deux frères ennemis se rencontrent, se parlent et se
pardonnent enfin pour le bonheur de la CI?

TC  Je n'ai pas fait de déclaration commune avec mon aîné le Prof. Bamba Moriferé.
J'ai par contre salué sa déclaration qui est très pertinente car elle insiste sur le
caractère dangereux de l'ivoirité, la dangerosité d'une autre présidence de Bédié et la
grave trahison de Ouattara qui va servir de marchepied de Bedie pour arriver au
pouvoir.

Parlons du PARDON : je constate que l'alliance houphouétiste Bedié-Ouattara ne
repose en rien sur le pardon puisqu'elle est bâtie sur la haine de leur adversaire
Laurent Gbagbo,  leur allie d'hier. Si Bédié et Ouattara se prennent pour de nouveaux
Saint ou Ange qui incarnent le pardon, pourquoi ne pardonnent-ils pas Gbagbo leur
copain d'hier ? Si Ouattara peut pardonner à Bédié pourquoi ne peut-il pas pardonner
à Gbagbo. Et puis ces houphouétistes doivent nous dire ce qu'ils pardonnent : est--ce
que ce sont les crimes qu'ils ont commis ou leurs propres querelles qui ne nous
intéressent pas ? Ils doivent assumer leurs crimes en toute responsabilité. Je parle de
responsabilité et non de pardon. Et puis ils se disent houphouétistes, je note que des
gardiens du temple houphouétiste comme Fologo ou Konan Banny leur conteste cette
étiquette. En réalité, cette alliance Bedie-Ouattara est basée sur la haine, la
vengeance et ne se réduit qu'à une pitoyable lutte pour le pouvoir qui n'a rien a voir
avec le pardon. Nous refusons l'amnésie sur leurs crimes, nous refuserons l'impunité
qu'ils réclament à travers ce mot "pardon" : chacun doit assumer ses responsabilités
dans les crimes qu'ils ont commis.


FM : Vous avez mentionné tantôt qu'au cours d'une rencontre que vos avez eue avec
Ouattara, il  serait pour une autre présidence de Bedié. Voilà qui est fait pour réjouir
le PDCI et alarmer le RDR.

TC:  Le 4 octobre dernier, l'alliance Bedie-Ouattara a été au coeur de ma
conversation avec Ouattara qui est un ami personnel mais avec lequel j'ai de très
profondes divergences politiques.  Ouattara m'a dit très clairement qu'il est en faveur
d'une autre présidence de Bédié, ce qui signifie très clairement qu’à la dernière
minute il va renoncer a la présidentielle comme il l'avait déjà fait en 1995 après un
deal secret avec Bédié. Ce deal avait été conçu dans un petit cercle restreint
compose notamment de Bedie,  Camille Alliali et Ouattara. Même Djeni Kobena, le
numéro 2 du RDR n'avait pas été mis dans la confidence et il s'évertuait donc a
organiser le boycott actif avec Laurent Gbagbo dans le cadre du Front républicain
contre Bédié. Djeny n'a appris cela que bien plus tard lorsque Ouattara lui expliquera
que la Constitution de Bédié lui interdit d'être candidat et qu'il est légaliste.

Selon ce deal, Ouattara devait renoncer a être candidat en 1995 et Bédié lui
permettrait d'être candidat en 2000. Ouattara oublie qu'on n'a jamais vu un Chef
d'Etat africain changé une Constitution pour faire la passe a son adversaire. Je peux
dire de façon claire et nette que Ouattara a décidé depuis plusieurs mois qu'il ne sera
pas candidat et que c'est Bedie qui le sera. Diverses sources credibles me l’ont
encore confirmees recemment. L'alliance houphouétiste qui est une alliance bien
avant le premier tour confirme cela car dans un système à deux tours, les alliances ne
se négocient et ne se nouent qu'après le premier tour. C'est la logique de ce système
que nous avons hérité de la France. Tout le problème de Ouattara est desormais de
faire avaler aux militants du RDR et au Nord cette nouvelle couleuvre comme en 1995.
C'est à cela que la presse RDR comme Le Patriote va s'atteler dans les prochains
jours et elle a déjà commence à le faire en suggérant dans des articles récents que
Bédié serait le mieux place pour être le candidat unique des Houphouetistes.

FM  quelle est la force politique de l’ANV, votre partie  sur le terrain en CI, votre parti
est-il reconnu en CI

TC:  Je reçois beaucoup de messages a travers mon site Internet qui attestent
clairement que la jeunesse comprend parfaitement mon message et que la majorité
silencieuse m'est acquise. Car les Ivoiriens attendent qu'on leur parle de leurs
problèmes réels, quotidiens et comment y trouver des solutions concrètes. Je n'ai
aucun doute sur ma victoire car la classe politique sortante est totalement discréditée
et les Ivoiriens, surtout les jeunes, veulent le changement.  


Une interview réalisée par Phil Nomel

Washington, DC, USA
tiemoko2005.com
A. N. V